Théophile Obenga, le dernier pharaon célèbre ses 90ans

Etoile du Congo | congo | 17/01/2026

Théophile Obenga, le dernier pharaon célèbre ses 90ans
Lui, c’est Théophile Obenga, surnommé le « Dernier Pharaon ». Il fête aujourd’hui ses 90 ans.
En effet, Théophile Obenga est né le 2 février 1936 à Mbaya, en pays Gangoulou, en République du Congo. Historien, philosophe, linguiste et égyptologue de renommée internationale, son œuvre a profondément marqué les études africaines modernes. Il est considéré comme l’une des figures les plus influentes de l’historiographie africaine du XXᵉ siècle et du début du XXIᵉ siècle. Il est à l’un des premiers disciples de Cheikh Anta Diop et finalement son lien vivant de son héritage intellectuel.
Théophile Obenga commence sa scolarité dans une école primaire puis dans un collège privé catholique à Brazzaville. Élève brillant, aussi bien en sciences qu’en lettres, il poursuit ses études secondaires aux lycées Victor Augagneur de Pointe-Noire et Savorgnan de Brazza à Brazzaville. À l’issue de ce parcours, il obtient un baccalauréat littéraire. Il poursuit ensuite l’étude de cette discipline pendant une année au Centre d’Études Supérieures de Brazzaville (CESB), future Université de Brazzaville.
Théophile Obenga arrive en France en 1959, à la fin des années 1950, afin de poursuivre ses études supérieures. Il s’inscrit à l’Université de Bordeaux où il entreprend des études de philosophie, discipline qu’il aborde sans projet professionnel immédiat, mais avec un intérêt croissant pour les questions africaines, culturelles et civilisationnelles.
Durant cette période bordelaise, il fréquente activement les organisations étudiantes africaines et se rapproche des idées de la Négritude, ce qui contribue à forger ses premières bases critiques face aux paradigmes eurocentristes dominants.
Après Bordeaux, Théophile Obenga poursuit son parcours universitaire à Paris. Il y mène des études d’histoire à la Sorbonne (Université de Paris) et suit également des enseignements au Collège de France. Il complète sa formation par des cours en paléontologie, préhistoire et linguistique, tout en s’initiant à la langue arabe afin d’accéder directement aux sources historiques.
C’est à Paris, au début des années 1960, qu’il consolide définitivement sa formation intellectuelle et noue des relations avec plusieurs intellectuels africains majeurs. Il y rencontre notamment Cheikh Anta Diop, vers 1966-1967, qui devient un mentor déterminant dans l’orientation de ses travaux scientifiques.
Les travaux de Théophile Obenga couvrent plusieurs champs disciplinaires, mais s’articulent autour d’une ambition centrale : réinscrire l’Afrique au cœur de sa propre histoire.
Dès les années 1970, il défend l’idée que l’Égypte pharaonique doit être étudiée comme une civilisation africaine à part entière, en lien avec les sociétés subsahariennes. Son ouvrage majeur, L’Afrique dans l’Antiquité. Égypte pharaonique, Afrique noire, constitue un texte fondateur de cette approche.
Il participe également, aux côtés de Cheikh Anta Diop, à plusieurs colloques internationaux, notamment au symposium de l’UNESCO consacré au peuplement de l’Égypte ancienne et au déchiffrement de l’écriture méroïtique.
Sur le plan linguistique, Théophile Obenga propose des classifications alternatives dans lesquelles l’égyptien ancien est directement relié à plusieurs langues africaines. Cette approche, souvent qualifiée de « négro-égyptienne », vise à démontrer l’existence d’un ancêtre linguistique commun pré-dialectal aux langues africaines.
Il convient toutefois de préciser que ces hypothèses ne font pas consensus au sein de la linguistique historique dominante, laquelle continue de classer l’égyptien ancien dans la famille afroasiatique.
En janvier 2026, Théophile Obenga publie son dernier ouvrage, intitulé Reconstruction du Nilo-Atlantique, aux Éditions Présence Africaine. L’ouvrage est présenté à Paris lors d’événements littéraires très suivis, accompagnés de séances de dédicaces rassemblant un large public.
Dans ce livre, il réalise l’aboutissement d’un projet intellectuel ancien, évoqué de son vivant avec Cheikh Anta Diop. Il y approfondit sa réflexion sur les classifications linguistiques et propose la reconstruction d’une famille qu’il nomme « nilo-atlantique », conçue comme un ancêtre phonétique et structurel commun aux grandes langues africaines, avec l’égyptien ancien comme pivot de l’analyse comparative.
Il y affirme que la diversité linguistique africaine n’est pas une fragmentation anarchique, mais une diversité dans l’unité, fondée sur une méthodologie comparative rigoureuse.
Cette publication est perçue par de nombreux observateurs comme l’accomplissement d’une promesse intellectuelle faite à Cheikh Anta Diop, poursuivant ainsi la vision panafricaine d’une histoire intégrale de l’Afrique.
En juillet 2025, Théophile Obenga a été élevé au rang de Grand-croix dans l’Ordre national du mérite congolais, en reconnaissance officielle de ses contributions majeures à l’éducation, à la recherche et au rayonnement intellectuel du Congo.
Théophile Obenga est une fierté pour le Congo, mais surtout une fierté pour l’Afrique tout entière.
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